Espace couleur

sRVB or Adobe RVB ? lequel choisir ! Voilà un paramétrage de nos boîtiers numériques qui sème un peu le trouble chez beaucoup. Bon nombre de personnes m’ont déjà demandé pour lequel opter… le problème est que la réponse n’est pas si simple. Pour les photographes voulant exploiter leurs images autrement que dans le simple cercle familial, il est primordial de préparer son matériel informatique au traitement des images colorées.

Vous avez certainement déjà entendu parler de la chaine graphique – on y trouve :

- les périphériques d’acquisition : scanners, appareils photos numériques, …
- les périphériques de sortie : écrans, imprimantes, photolabs, imprimeurs, …
- un (ou plusieurs) ordinateur(s) à même de procéder aux traitements, …
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Pour que l’information reste cohérente de l’acquisition à l’édition, tous ces équipements se doivent de parler un même langage notamment en ce qui concerne la colorimétrie ! Il faut donc que chacun sache comment l’autre ‘conçoit’ les couleurs puisque le rouge clair pour l’un peut être rouge carmin pour l’autre et rouge bordeaux pour le troisième ! Il y a donc lieu de s’affranchir des problèmes d’échanges en caractérisant les couleurs de chaque périphérique concerné – il fallait donc un moyen de décrire les dites couleurs de manière indépendante !

La Commission Internationale de l’Eclairage (CIE) s’est déjà penchée sur le problème dans les années 30. A l’époque, l’ordinateur et ses périphériques n’étaient pas à l’ordre du jour mais on parlait déjà de caractérisation des couleurs telles qu’elles sont perçues par l’œil humain !

La CIE a définit, depuis, plusieurs espaces colorimétriques (ou gamut). Le plus connu pour la représentation de la vision humaine est l’espace CIE XYZ. C’est un modèle 3D qui a été « aplati » en 2D pour corriger, en simplifiant, un problème de similitude de couleurs en fonction du type d’éclairage. C’est le modèle CIE xyY : les couleurs sont définies au sein d’un repère orthonormé.

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On n’a commencé à s’intéresser à la représentation de ces couleurs sur nos systèmes informatiques qu’en 1993. En s’associant, huit grands professionnels de l’industrie ont constitué l’International Color Consortium (ICC – Comité International de la Couleur). On compte parmi les membres fondateurs les plus célèbres les sociétés Adobe Systems Incorporated, Apple, Microsoft et parmi les membres réguliers des sociétés bien connues comme Canon, Fuji, HP, Nikon, Xerox … Ce consortium a déterminé plusieurs profils dont le sRVB défini conjointement par Microsoft et HP dans le cadre de l’utilisation avec nos moniteurs et imprimantes et Adobe RVB défini par Adobe en 1998 pour se «fondre» au modèle CMJN utilisé dans l’imprimerie (la quadrichromie). Le graphe ci-après montre clairement à quelles couleurs se limitent ces deux profils dans le cadre du diagramme de chromaticité de la CIE.

 
 
Il est inutile de vouloir s’évertuer à comprendre ce graphe qui est des plus simplistes : il s’agit simplement d’un ensemble et de ses sous-ensembles ! En effet, le modèle CIE représente la vision humaine (l’ensemble de base), et les modèles sRVB et Adobe RVB représentent le gamut que savent reproduire ces modèles (les 2 sous-ensembles). On se rend vite compte que le modèle Adobe RVB est plus «évolué» que le sRVB puisqu’il contient ce dernier.

Dès lors, la question qui se pose est : «Adobe RVB ou sRVB» ? la réponse pourrait être simple… mais elle ne l’est pas ! En fait, certains périphériques sont à même de reproduire le profil Adobe RVB et d’autres non. Il est donc primordial de savoir à quoi nous destinons nos images (dans la mesure du possible bien évidemment).

Dans un cas plus général, on peut dire que si nous pensons faire des traitements informatiques de nos images avant de les livrer pour impression ou édition, il serait judicieux de choisir le profil Adobe RVB qui permet, au cas où, une conversion «limitative» vers le profil sRVB. Mais si nos images sont directement destinées à un labo photo ou a un affichage sur écran (ou projection) : il vaut mieux se limiter au sRVB !

Si le choix de base s’avérait ne pas être le bon au final, rien de grave en soit puisqu’il est très simple de faire une conversion de profil – mais cela n’a d’intérêt réel que si l’on passe à un gamut plus restrictif (de Adobe RVB à sRVB par exemple). Dans le cas contraire, l’intérêt existe si l’on effectue des traitements de fond sur l’ensemble des couleurs de l’image comme la modification d’un dégradé ou l’application de filtres colorés.

Restent les fichiers RAW : ils permettent une conversion de profil sans perte puisqu’ils contiennent les informations de bases perçues par le capteur – c’est en somme, la cerise sur le gâteau !

Mais à quoi bon ?
L’avantage de la photo numérique peut être, pour certains, de rester maître de la chaîne graphique et ce jusqu’au bout mais cela ne va pas sans contrainte puisqu’il est impératif de calibrer (ou d’étalonner) ses périphériques ! Pour cela, il existe des sondes qui mesurent la longueur d’onde émise par les couleurs reproduites afin de pouvoir caler nos périphériques.

Sonde

Pour le calibrage d’un moniteur, un logiciel interfacé avec la sonde en question posée à même l’écran va afficher les différentes teintes qu’il souhaite traiter pour pouvoir ajuster l’ensemble à un modèle générique. Mais avant cela, quelques réglages sont à faire : la luminosité, le contraste, la température de couleur et le gamma.

- la luminosité est souvent excessive sur les moniteurs TFT actuelles – il faudra donc la réduire – les professionnels précisent qu’il faut tendre vers une luminance de 85 à 90 cd/m2 pour le point blanc,
- la température de couleur doit être entre 5000 et 6500 K°,
- la correction gamma est une correction physique qui permet une reproduction fidèle de la luminance des valeurs RGB à l’écran. Si rien n’est précisé dans la documentation de votre moniteur, elle doit être réglée à 2,2 (1,8 pour les anciens Macintosh).

Tous ces réglages se font à l’aide du logiciel d’étalonnage… suivez le guide : ici le logiciel Monaco EZcolor (tous les logiciels fonctionnent un peu selon le même principe).

Pour commencer, il faut laisser votre écran se stabiliser en le laissant allumé pendant environ ½ heure. A partir de cet instant, la procédure peut débuter – en voici les différentes phases :

Le logiciel de calibrage génère au final un fichier ayant une extension ICC. C’est là le profil qu’il vous faudra utiliser et qui communiquera à votre carte graphique les informations d’étalonnage de votre écran.

Pour le calibrage de votre imprimante, il est nécessaire d’imprimer une charte colorée qu’il faudra scanner dans un second temps conjointement avec une charte IT8 que l’on peut acheter dans le commerce. Le logiciel fera le reste ! Là encore un fichier ayant une extension ICC sera généré.

Vous pouvez donc créer les fichiers de profil ICC propres à votre matériel, mais sachez qu’un certain nombre de profils ICC sont déjà mis à disposition sur votre PC lors de l’installation. Il y a aussi ceux que votre labo ou imprimeur pourront vous fournir pour être certain du rendu final de vos tirages : un critère de choix et de qualité pour votre éditeur donc !

Le matériel
Vous avez certainement déjà entendu parler de la chaine graphique – on y trouve :

- les sondes : les plus connues sont la gamme Spyder de Datacolor qui se décline en différents modèles de l’entrée de gamme au haut de gamme ! La référence absolue pour les professionnels est la sonde Monaco Optix XR (DTP94) de la société Xrite. Malheureusement elle n’est plus fabriquée mais il faut savoir que la société Integrated Color a racheté le stock restant et la commercialise avec un logiciel de calibrage via son site web (www.integrated-color.com).
- les imprimantes : c’est l’ordinateur qui gérera les corrections pour faire parvenir l’image à destination en bonne et due forme.
- les écrans : il vaut mieux se renseigner chez les professionnels de l’image avant d’investir dans un écran. Le prix des moniteurs spécialisés photo va de 400 à 3000€ mais ce n’est pas forcément les plus onéreux les meilleurs. On retiendra principalement des marques comme Nec ou Eizo (sachant que La compagnie ne fournit ni plus ni moins que des écrans Nec «déguisés»). Il faut savoir qu’il n’y a que très peu d’écrans qui vont au-delà du profil sRVB mais certains, aujourd’hui, affichent effectivement le gamut Adobe RVB (Nec 2690 wuxi notamment).
- les cartes graphiques : inutile de s’emballer pour des cartes haut de gamme et coûteuses – une carte simple suffira : les photos étant des images statiques il n’y a aucun besoin de performances accrues pour ce composant !

A noter qu’une caractéristique intéressante des cartes graphiques et des écrans peut être la compatibilité ‘DDC-CI’ (Display Data Channel – Command Interface). Cela permet de ‘piloter’ directement à partir de votre PC les réglages de l’écran et offre aux logiciels de calibrage, une interactivité directe pour mener à bien l’étalonnage !

Dans un monde parfait :

Vous avez acheté un bon moniteur, une sonde et le logiciel qui va bien. Vous voilà avec votre écran calibré et votre labo vous a donné le profil ICC de son laserlab. Il ne vous reste plus qu’à convertir le profil de votre image vers celui de votre laserlab pour que la photo soit éditée en respectant les couleurs affichées à l’écran (des retouches peuvent s’avérer nécessaires). Des logiciels comme Nikon Capture ou Adobe Photoshop vous permettront ces manipulations en un tour de main !
Le plus important, quoiqu’il en soit, est de savoir à quoi sont destinées vos images afin d’utiliser un espace couleur à bon escient !

Spider

La gestion de la couleur ne se limite pas aux propos tenus dans ce topo ; il existe un grand nombre de profils utilisés dans le monde de l’image. La compréhension de ce vaste ensemble et de ce qui tourne autour n’est pas forcément des plus aisés. Pour ceux qui souhaitent vraiment entrer dans le détail, l’idéal est se lancer dans la lecture avec, par exemple, le livre intitulé ‘Gestion de la couleur – Calibration et profils ICC’ par G. Niemetzky aux éditions Eyrolles.

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