Mesurer la lumière

La mesure de lumière : un sujet qui en laisse plus d’un perplexe ! Ce faisant, on préférera se contenter de corriger son exposition en fonction de ce que l’on voit sur son écran et, pour les plus techniques, d’un histogramme qui n’est pas forcément parlant ! Comment éviter de laisser faire le hasard et assurer une image au premier shoot ?

A l’origine, la mesure de lumière se fait à l’aide d’un dispositif externe à l’appareil photo : le posemètre ! Il sera rapidement intégré aux boitiers et évoluera tout au long du siècle dernier vers les dispositifs aboutis qui équipent nos appareils photos aujourd’hui ! A noter que le posemètre intégré à nos appareils photos permet exclusivement d’effectuer une mesure en lumière réfléchie – le posemètre externe est, à ce titre, toujours encore utilisé puisqu’il permet d’effectuer une mesure en lumière incidente (sans tenir compte d’une réflexion quelconque). Pour nos images subaquatiques, il n’existe pas de posemètre étanche grand public mais il en existe dans le domaine professionnel.

Trois techniques distinctes :

Commençons par voir quelles sont les différentes solutions que nous offrent nos appareils photos pour mesurer la lumière.

- La mesure matricielle (Nikon) ou évaluative (Canon)
Cette mesure est la technologie la plus récente et la plus évoluée ! Avec cette mesure, les données de la luminosité de la scène sont calculées à l’aide d’un capteur à zone multiples (plus ou moins nombreuses et étendues selon le modèle). Chez Nikon (Canon peut être aussi), des données sont stockées sur le boitier incluant des paramètres de luminosité, contraste et zone AF sélectionnée, provenants de plus de 30 000 scènes réelles de prise de vue, utilisées comme référence. Ce mode peut convenir à bon nombre de photos terrestres mais il est à proscrire pour la photo subaquatique puisque l’on est principalement dans des situations de contre jour au flash.
- La mesure centrale pondérée
L’essentiel de la mesure porte sur une zone circulaire d’un diamètre 6 à 12mm mais elle tient tout de même compte de la luminosité globale perçue. La mesure se fait en fonction du collimateur sélectionné. Voilà un mode qui a tout son intérêt en photo subaquatique et qui mérite au moins l’attention de tous ceux et celles qui ne maîtrisent pas la mesure spot.
- La mesure spot
L’appareil photo mesure la lumière dans un cercle d’environ 3 mm de diamètre. La mesure se fait en fonction du collimateur sélectionné. Cette option garantit une exposition correcte du sujet pointé, même lorsque l’arrière-plan est beaucoup plus lumineux ou plus sombre. Voilà le mode que je préconise pour la photo subaquatique : on « cherche » la lumière en connaissance de cause !

Je vais me concentrer sur la mesure spot dans ce qui suit mais il faut s’avoir que cela peut s’appliquer aussi à la mesure centrale pondérée (la mesure spot amenant simplement un soupçon de précision en plus).

Le collimateur :

Selon le modèle d’appareil, les collimateurs sont plus ou moins nombreux : ci-après la visée d’un Nikon D90 avec ses 11 collimateurs et celle d’un D300 sur laquelle on peut en compter 51 !

http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/ViseurD90.jpg http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/ViseurD300.jpg

Le collimateur permet avant tout de sélectionner l’endroit où l’on va faire la mise au point mais il permet aussi de faire une mesure de lumière en un endroit précis. A partir de là, il est assez aisé de comprendre qu’en mesure centrale pondérée ou spot il est important de pouvoir sélectionner son collimateur manuellement (mode AF sélectif par exemple).

Le barre-graphe :

Qu’il s’agisse d’un compact ou d’un reflex, dés lors que vous avez un appareil qui donne la possibilité de régler le diaphragme et la vitesse en mode manuel, le barre-graphe est présent sous une forme qui peut être différente d’une marque à l’autre, d’un appareil à l’autre ! C’est un indicateur qui vous aide à exposer correctement votre image et il est primordial d’en comprendre le fonctionnement.

http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/ViseurBarreGraphe.jpg
en rouge : le barre-graphe affiché dans le visée d’un D300
Certains curseurs présentés sur ce barre-graphe sont fixes, d’autre sont mobiles. Chacun d’eux nous donne une indication essentiel dans le but de d’exposer notre photographie en connaissance de cause http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/BGiL.jpg
- Les curseurs colorés en jaune sont fixes – ce sont des repères, ils indiquent chacun 1 iL : sur la droite du chiffre 0, ils indiquent respectivement -1, -2 et 3 iL et à gauche +1, +2 et +3 iL.
- Les curseurs du bas, en bleu sont mobiles – leur nombre permet ici d’atteindre une précision d’1/3 d’iL.
- Les flèches blanches aux extrémités nous signifie, si elles sont visibles, qu’on est au-delà de +3 iL ou de -3iL : des valeurs à ne pas atteindre.

En fonction de la luminosité de l’endroit où l’on vise, précisément l’endroit où pointe le collimateur, le barre-graphe nous donne donc des informations sur l’exposition de notre image – quelques exemples :

http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/BGOvEx.jpg http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/BGCentre.jpg http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/BGUnEx.jpg
sure-ex flagrante expo parfaite sous-ex flagrante
Sous-exposition d'un iL Sous-exposition de 2 iL Sous-exposition de 3 iL
sure-ex d’1 iL sous-ex de 2iL sous-exp de 3 iL

J’utilise ci-dessus le terme ‘exposition parfaite’ : il s’agit bien sûr d’une exposition parfaite en fonction de l’endroit où nous allons pointer notre collimateur. Afin d’illustrer mes propos, ci-dessous, j’ai profité d’un temps maussade sur une plage aux Bahamas : la différence de luminosité amenée par les nuages permet d’exposer la même image de différentes manières simplement en déplaçant le collimateur ! Pour faciliter la compréhension du phénomène, je me suis mis en priorité vitesse : je donne la vitesse, l’électronique de l’appareil sélectionne automatiquement le diaphragme en fonction de celle-ci.


Des exemples parlants :

L’image 1 nous montre le cliché avec une exposition calculée par la mesure matricielle. Les autres nous montre où était situé le collimateur et les paramètres de prise de vue engendrés (la vitesse étant constante puisqu’en mode priorité vitesse).

- pour comparer, il suffit de placer votre pointeur de souris sur l’intitulé désiré au-dessus de l’image -

Un autre :

Un troisième exemple :

On se rend assez facilement compte qu’en fonction de la luminosité ciblée à l’aide de notre collimateur, le rendu de notre image peut changer du tout au tout. Dans le cadre d’une exposition ‘normale’, on pourrait d’ailleurs penser que les images aux extrêmes sont sure ou sous-exposées (ce qui est certainement vrai ici) mais si nous cherchons à donner à un cliché une atmosphère particulière, c’est bien là un moyen de le faire ! Après tout, nos images sont elles vraiment là pour refléter la réalité ? je dirais que pour certaines, probablement… mais pour d’autres : libre à chacun de laisser faire sa créativité !


Dans l’absolu :

Pouvoir déplacer son collimateur a surtout un intérêt lorsque l’on fait la mise au point. Pour la mesure de lumière, ce n’est pas forcément intéressant surtout quand on travaille en mode manuel : il est bien plus simple de décaler sa visée pour que le collimateur soit à l’endroit désiré sans toucher à son emplacement dans le viseur. La procédure est la suivante :

- appuyer légèrement sur le déclencheur pour activer le posemètre de l’APN.
- cadrer la scène de telle sorte que le collimateur soit placé sur l’endroit ou l’on cherche à mesurer sa lumière.
- régler son diaphragme et sa vitesse en surveillant le barre-graphe
- recadrer la scène en prenant soin de la composer comme on le désire.
- déclencher

Je précise à nouveau que cela est valable en mode manuel et j’ajouterai que c’est vrai aussi en mode priorité vitesse ou diaphragme si on utilise conjointement la fonction AE lock qui permet de verrouiller l’exposition au moment où les paramètres de prise de vue son jugés ‘bons’ par le photographe.


Avec un flash :

Ce qui nous intéresse sous l’eau, c’est d’éclairer nos sujets avec une lumière artificielle : nous y voici ! Toujours sur une plage, voici une 1ère image prise en mesure matricielle. La seconde est prise en mesure sélective en « cherchant » la lumière dans le bleu du ciel entre certains de ces nuages (on est au Bahamas… tout de même ;) ). La 3ème est strictement identique à la deuxième mais le flash vient exposer le 1er plan ! Cette troisième image reflète parfaitement le principe de prise de vue des images subaquatiques au grand angle : une grande partie de l’image est prise en lumière naturelle, le 1er plan est éclairé par le flash !

…et en photo-subaquatique…

Si j’ai pris l’option d’expliquer la mesure de lumière avec des photographes terrestres, ce n’est pas pour rien :  c’est valable aussi bien sur terre que sous l’eau et vous ne serez pas obligé de plonger pour vous entraîner ! Mais, nous y voici enfin : comment appliquer tout ça lors de nos plongées ? Ci-après, 3 clichés que j’ai pris d’affilé au même endroit – je vais détailler la technique de ‘prise de lumière’ !

Pour la 1ère :

- le but est que mon binôme soit bien éclairé afin d’en pouvoir cerner les traits : j’utilise le collimateur central en le pointant au 2ème plan sur le haut de son corps et j’aligne le barre-graphe en sous-exposant légèrement (environ 1 iL) en actionnant mes molettes de réglage de diaph et de vitesse.
- je recadre le tout afin d’avoir une composition qui tient compte de l’ensemble des plans.
- je déclenche
http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exA_160f8.jpg
http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exA_.jpg

Pour la 2ème :

- le but est que le soleil présent au 3ème plan soit moins présent et que mon binôme ne soit plus qu’une silhouette sombre : j’utilise le collimateur central en le pointant aux ‘bordures’ du soleil et j’aligne le barre-graphe en sous-exposant de 2 iL.
- je recadre le tout afin d’avoir une composition qui tient compte de l’ensemble des plans.
- je déclenche
http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exB_320f10.jpg
http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exB_.jpg

Pour la 3ème :

- là, la chance me sourit : un poisson arrive et le bateau a bougé avec les vagues.
- je n’ai pas le temps de modifier mes réglages…
- … et je déclenche.
http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exC_320f10.jpg
http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exC_.jpg

Sous-exposer : voilà une astuce à retenir !

Le fait de sous-exposer permet d’obtenir un ‘bleu’ bien plus dense qu’il ne l’est dans la réalité. A quelle limite ? celle qui amènera votre bleu à être noir là où les eaux sont les plus profondes ! Pour la 1ère image je me suis contenté d’1 iL et le résultat sur mon écran m’a convaincu de passer à passer à 2 iL pour la suivante (comme quoi, même si on sait faire sa mesure de lumière, l’écran permet de peaufiner…).

Une précision qui a son importance : la démarche que je donne ci-dessus est valable pour tout appareil photo… mais l’endroit même où il faudra aller chercher la lumière dépend non seulement de celui-ci (marque et modèle) mais aussi des réglages appliqués sur votre boitier (contraste, balance des blancs, …)… sans parler votre approche photographique personnelle !

Le soleil dans l’image présente un cran de difficulté supplémentaire – pour ceux et celles qui débutent dans la mesure de lumière, je vous conseillerai de commencer par faire des images sans trop de contrastes afin de bien maîtriser la technique. Voici deux autres images qui sont bien plus simples à réaliser.

En lumière naturelle :

http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exE_30f10.jpg
http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exE_.jpg

En lumière mixte :

http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exD_160f8.jpg
http://www.aquatilia.com/Blog/ArtML/IMG_exD_.jpg

La valeur de sous-exposition utilisée pour ces 2 dernières images est à moins d’un iL. En tout évidence, il n’y a pas de règle absolue dans ce domaine : c’est au photographe de juger des valeur sà appliquer en fonction de la scène photographiée.

Pour finir :

Avec l’aide du cerveau, notre œil sait s’adapter en un rien de temps à différentes conditions de luminosité là où l’appareil photo est en déroute complète. Prenons le pire exemple qui soit : la mariée en blanc et le marié en noir ! Sur qui faire la mesure de lumière ? l’astuce pourrait être de la faire sur les 2 et de faire une moyenne…. c’est une bonne solution mais c’est plus difficile qu’il n’y parait : l’arrière plan va rentrer en ligne de compte ! Nous arrivons là à devoir opter pour un ‘choix photographique’ et pour beaucoup d’images, c’est en faisant le bon choix qu’on arrivera à faire celle qui sort du lot ! Pour y arriver ? de l’expérience et, comme pour mon poisson, de la chance

La question la plus posée par les photographes est « quel diaph et quelle vitesse as-tu utilisé pour cette photo ? » J’espère qu’avec cet article vous aurez compris qu’il n’y a pas de paramètres de prises de vue « tout fait » et que selon les conditions rencontrés (Méditerranée, Bretagne, Mer Rouge, Colombie Britannique, …) et selon la profondeur, mais aussi selon les nuages et leur densité, …, bref, …, selon la luminosité : tout est à faire !

Cela vous semble clair ? pas à 100% je suppose, mais rassurez vous : il n’y a pas de règle absolue pour faire l’image parfaite… faut-il encore qu’elle existe !

Petite anecdote pour terminer : l’image qui suit, c’est mon binôme qui l’a prise – je lui ai donné l’appareil photo en fin de plongée et elle a déclenché en laissant l’appareil photo réglé comme il l’était. Personnellement, je n’aurais jamais pris cette photo avec ces réglages…. comme quoi !

http://www.aquatilia.com/PictPub/SanSalvador/P740_026.jpg
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4 commentaires sur “Mesurer la lumière”

  1. Martin F dit :

    Merci Claude pour ce cours technique très intéressant !
    A suivre…j’espère !!!)
    A+
    Fred

  2. Dolfijn dit :

    Merci, pour ces cours,Claude !!!
    Je viens de lire les deux d’un coup… et vais y revenir plus profondément par la suite…

  3. alainc dit :

    après la théorie, la pratique demain..je vais essayer d’appliquer ces précieux conseils avec mon matos tout neuf (sea and sea 450d, tokina 10-17)
    mes remerciements pour vos connaissances que vous faites partager à tous

  4. C-line dit :

    Très bon article découvert grâce à google!
    Merci !

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