Mode manuel : au fond, il est indispensable !

A voir les questions habituellement posées on peut vite se rendre compte que, pour beaucoup, le mode manuel est réservé aux experts de la photo ! Pourtant, il n’y a rien de bien compliqué dans son utilisation à partir du moment où l’on a les informations clés… et de là s’ouvrent de nouvelles portes vers la créativité pour des images bien plus belles !

Commençons par l’essentiel : le diaphragme et la vitesse. :

Histoire de simplifier les explications, je vous propose pour commencer une expérience des plus simplistes – il suffit de prendre un vase… et de le mettre sous un robinet après l’avoir vidé puis:

- d’ouvrir un peu le robinet et d’enlever le vase immédiatement : il y aura à peine quelques gouttes d’eau au fond du vase,
- d’ouvrir un peu le robinet et d’enlever le vase au bout d’une seconde : il y aura un peu d’eau dans le vase,
- d’ouvrir un peu le robinet et d’enlever le vase au bout de 10 secondes : il y en aura déjà plus,
- cette fois, d’ouvrir à fond le robinet et d’enlever le vase au bout d’une seconde : il y en aura presque autant que dans le cas précédent,
- d’ouvrir à fond le robinet et d’enlever le vase au bout de 10 secondes : il est à moitié plein,
- enfin, d’ouvrir à fond le robinet et d’enlever le vase au bout de 30 secondes : il a débordé.

En faisant le parallèle, notre diaphragme c’est le robinet : plus il est ouvert, plus il y a d’eau qui coule – et notre vitesse, c’est la durée durant laquelle le vase est sous le robinet : plus il y est longtemps, plus l’eau à le temps d’y couler !

Techniquement parlant : :

le diaphragme il permet de déterminer la quantité de lumière qui arrivera au capteur -plus il y a de lumière, plus il doit être fermé… plus il fait sombre, plus il doit être ouvert. Il est affecté un chiffre à chaque ouverture de diaphragme dont les valeurs usuelles sont 2,8 – 4 – 5,6 – 8 – 11 – 16 – 22 ! Plus le chiffre est petit, plus l’ouverture est grande… et plus la lumière rentrera.
et la vitesse c’est la durée pendant laquelle le capteur sera exposé à la lumière – plus la vitesse est lente, plus le temps de pose est long et plus le capteur aura le temps de s’imprégner de la lumière rendue par la scène

Ces 2 paramètres sont intimement liés : à vitesse égale, la quantité de lumière qui arrive au capteur est dépendante de l’ouverture pour laquelle on aura opté.

Dans notre exemple, l’ouverture du robinet correspond à l’ouverture du diaphragme – la durée durant laquelle le vase est sous l’eau correspond à la vitesse. Si on fait le parallèle avec le 1er et le dernier cas de l’exemple du vase :

- quand il y a trop peu de lumière qui arrive au capteur, nous obtenons une sous-exposition (soit une image plus ou moins sombre – soit à peine un peu d’eau dans le vase)
- quand il y en a trop, nous obtenons une sur-exposition (soit une image trop claire – soit un vase qui déborde).

Pourquoi changer l’un et pas l’autre : la profondeur de champs. :

Si votre appareil photo est bien réglé pour une prise de vue donnée, la vitesse n’aura que peu d’influence sur le rendu de l’image. Par contre, changer de diaphragme va influencer sur la profondeur de champ puisque plus il est fermé, plus elle est grande ! La profondeur de champs permet d’avoir une zone de netteté plus ou moins importante à l’avant et à l’arrière du sujet photographié. A titre d’exemple :

- on veut faire le portrait d’un ami en ayant un arrière plan flou pour mettre en valeur le sujet : on va ouvrir le diaphragme,

- en photo macro, on cherche à ce que tout soit net : on va donc fermer son diaphragme.

Voilà pour les bases – et les Modes alors ? :

Tout boitier est équipé d’un système de mesure qui lui permet de déterminer (ou d’indiquer) les paramètres à utiliser selon un algorithme qui peut, ou non, se baser sur de standards de prise de vue stockés dans une petite base de donnée intégrée au boitier.

- le mode Auto (Automatique)
Le boitier détermine tous les paramètres en fonction de la scène que l’on prend en photo – il n’y aura là, en général, aucune possibilité de réglage.
- le mode P (Programme)
Là encore, c’est le boitier qui va gérer les paramètres de prise de vue – mais vous pourrez modifier le couple vitesse/diaphragme.
- le mode S (Priorité vitesse)
Vous réglez la vitesse… le boitier détermine le diaphragme.
- le mode A (Priorité ouverture)
Vous réglez le diaphragme… le boitier détermine la vitesse.
- le mode M (Manuel)
Vous réglez diaphragme et la vitesse;

Quel mode et quand ? :

- Les modes Auto et P vont utiliser un diaphragme intermédiaire et régler la vitesse en fonction de celui-ci – si la vitesse devient trop lente, le diaphragme sera ouvert pour éviter les flous. Si nécessaire, il proposera ou imposera l’utilisation du flash.
- Le mode S est essentiellement destiné à prendre des photos de sujets rapide – il n’est à mon sens qu’exceptionnellement utilisable en photo subaquatique.
- Le mode A peut-être intéressant en photo subaquatique quand on a de bonnes conditions de luminosité (près de la surface par exemple). On l’utilise aussi dans d’autres conditions mais il est préférable au préalable de bien comprendre et utiliser le mode M !

Il faut savoir que ces modes sont principalement prévus pour la photo terrestre et qu’ils font tous une chose très simple : s’arranger pour que la quantité de lumière qui arrive au capteur soit suffisante pour avoir une image correctement exposée.

Imaginez-vous par exemple sous l’eau face à un récif à 15 mètres de profondeur – il y a peu de lumière et vous cherchez à photographier une masse relativement peu éclairée en ayant opté pour :

- le mode auto ou programme: vu qu’il n’y a pas assez de lumière, le diaphragme va être ouvert au maximum et la vitesse sera aussi lente que possible tout en évitant les flous de bougé – conséquence : une profondeur de champs très limitée !
- le mode priorité vitesse (S) : vous avez choisi une vitesse de 1/60ème et le boitier règle le diaphragme au minimum;
conséquence : tout comme dans le cas précédent, une profondeur de champs très limitée !
- le mode priorité diaphragme (A) : vous avez choisi un diaph intermédiaire (11 sur un reflex ou 5,6 sur un compact) et les conditions de luminosité amènent le boitier à paramétrer la vitesse à… 1 seconde (voire plus) – conséquence : vous avez une profondeur de champs correcte mais votre photo sera floue ou aura des couleurs «bizarroïdes» si vous utilisez un flash !
- le mode Manuel : vous optez pour un diaph intermédiaire (voire le diaph le plus fermé possible sur un compact) et une vitesse normale (1/60ème); Le flash va s’occuper du reste puisqu’il va éclairer toute la scène !

Le mode Manuel… à retenir impérativement: :

- quand toute la scène est éclairée par le flash, le seul paramètre qui entre en ligne de compte est le diaphragme (il ne va influencer que la profondeur de champs).
Essayez : mettez un objet directement devant un mur – sélectionnez un diaph et prenez la même image à différentes vitesses.
- quand une partie de la scène est éclairée par le flash et que le reste est dans le «bleu», si vous utilisez une vitesse rapide vous aurez un fond noir – si vous utilisez une vitesse lente vous aurez un fond bleu (plus la vitesse est lente, plus le bleu sera intense) – le flash s’occupera d’éclairer votre 1er plan.
Essayez : mettez un objet en 1er plan et en arrière plan du ‘vide’ (ou, en plongée, du bleu) – sélectionnez un diaph et prenez la même image à différentes vitesses.
- Quand vous n’utilisez pas du tout le flash, il faut trouver l’équilibre entre le diaphragme et la vitesse – la majorité des boitiers sont équipés d’une cellule qui permet d’afficher un barre-graphe : il vous aidera à trouver l’exposition idéale (consultez la notice du constructeur).

Et la sensibilité alors ?

La sensibilité, notée ‘ISO’, est un paramètre qui permettra au boitier de savoir à quel point il doit être sensible à la lumière – les valeurs usuelles vont de 100 à 800 – mais les appareils photo de nouvelle génération permettent d’aller plus loin. Pour l’argentique, plus la valeur est élevée plus on verra le grain de la pellicule sur les images – pour le numérique, plus la valeur est élevée plus on verra apparaître sur les images du bruit (répartition aléatoire de pixels «parasites»). Il est donc préférable, pour un gain de qualité, d’utiliser une sensibilité aussi faible que possible. A noter que selon les conditions de prise de vue – à l’intérieur d’une épave par exemple – il ne faut pas hésiter à changer ce paramètre en augmentant la sensibilité !

Quelques exemples :

L’avantage du numérique et qu’il n’y a aucun cout de développement ou de tirage pour des essais que l’on peut faire au chaud chez soit (si besoin est)… ! Ci-dessous, 2 exemples don un premiers pris hors de l’eau :

- le 1er avec boitier Compact Fuji E900.

ouverture : f8, vitesse : 1/630ème de seconde

ouverture : f8, vitesse : 1 seconde

- le 2ème avec boitier reflex Nikon D200.

ouverture : f11, vitesse 1/250ème de seconde

ouverture : f11, vitesse 1/2 seconde

On se rend compte ici que malgré l’utilisation de vitesses très lentes de l’ordre de la seconde, le sujet n’est pas flou – l’explication est très simple : le flash fige le sujet quelle que soit la vitesse (à savoir que la durée de l’éclair n’excède pas le 1000ème de seconde).

Vous n’êtes pas obligé d’avoir, comme moi, une grenouille pour faire ça… alors n’hésitez pas à essayer chez vous ! Un sujet approprié peut être la soirée entre ami : au lieu d’avoir les éternels clichés de visages pâles sur fond noir… privilégiez des vitesses lentes pour récupérer la luminosité ambiante de la pièce où vous vous trouvez.

Pour finir :

Voilà, vous avez là les bases même de la photographie dont la compréhension vous permettra de ne plus faire des photos au hasard de la volonté de votre appareil – il ne vous reste plus qu’à vous y mettre pour que vos images résultent d’un choix artistique et non plus aléatoire !

Si vous voulez vous entrainer hors de l’eau, il suffit de vous mettre dans des conditions de contre-jour en utilisant le flash : la photo subaquatique ce n’est (quasiment) que du contre-jour et un fill-in qui bien maîtriser va faire la différence !

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